Maison de l'Infante

SOURCES : Archives municipales Monographies de Saint-Jean-de-Luz ( édition EKAINA) La Gazette de Joanoenia ( 1998)

        Ancienne Rue du Quai, cette artère luzienne rebaptisée, le 14 février 1883, Quai et Rue de l’Infante, évoque l’Infante Marie-Thérèse d’Autriche, qui épousa le Roi de France dans l’église paroissiale de Saint-Jean-de-Luz, le 9 juin 1660. Plusieurs historiens locaux, l’un des premiers étant, dès 1856, Léonce Goyetche, ont narré la période glorieuse de l’histoire de la cité corsaire, qui, pendant une quarantaine de jours, du 8 mai au 15 juin 1660, devint un "Petit Paris", la capitale du Royaume. 

        Mais jusqu’à ce 14 février 1883, aucune rue de la ville, où le Roi avait décidé de célébrer ses épousailles, ne portait le titre de l’épouse : Rue de l’Infante, (ce titre d’Infant ou d’Infante étant donné aux enfants des rois d’Espagne)..
       C’est la rue du Quai, bordée, comme la rue voisine, dénommée ce même jour rue Mazarin,de maisons datant des XVIIeme et  XVIIIeme siècles, qui fut choisie pour rappeler le souvenir de cette jeune femme, dont le mariage  avec le Roi de France, âgé comme elle de vingt-deux ans, était le gage de paix entre la France et l’Espagne.
        Choix facile, cette rue, dans sa partie haute, longeant la plus belle et la plus élégante de ces demeures patriciennes, la Maison Joanoenia, où l’Infante avait résidé, le soir du 7 juin 1660.
        Très vite les Luziens avaient pris l’habitude de désigner cette maison sous le nom de "Maison de l’Infante" et parfois de "Château de l’Infante" comme l’indique l’inscription commémorative gravée, au moment de travaux de restauration, en 1855.

«  L’INFANTE JE RECUS L’AN MIL SIX CENT SOIXANTE 
ON M’APPELLE DEPUIS LE CHASTEAU DE L’INFANTE ».

        Arrivée dans un carrosse brodé d’or et d’argent (qui avait coûté au trésor royal la somme de 75000 livres), escortée par le Roi entouré d’un grand nombre de courtisans et de  gardes, tous en grande tenue, " couverts de broderies, de plumes et de galons ", caracolant sur des chevaux harnachés "de plumes et d’aigrettes", l’Infante-Reine avait, enfin, pu prendre un peu de repos dans les appartements qui lui étaient réservés à Joanoenia.

  "Des Adieux déchirants entre le pére et sa fille..."

        La jeune femme,qui allait y passer sa première nuit dans son nouveau royaume, venait de vivre l’une des journées les plus douloureuses de son existence. 
Quelques heures auparavant son père, Philippe IV d’Espagne, l’avait remise à son royal époux. Les adieux entre le père et la fille avaient été déchirants. Marie-Thérèse, qui s’était par trois fois agenouillée devant son père  pour recevoir sa bénédiction, avait manqué de s’évanouir.
Philippe IV, d’habitude toujours impassible, avait pleuré et tous avaient pleuré : Anne d’Autriche, Louis XIV et son frère, et tous les membres présents  à cette touchante cérémonie d’adieux.
        Tous savaient que cette séparation serait longue, sinon définitive. S’arrachant courageusement aux effusions, Marie-Thérèse était allée changer de toilette. Après avoir quitté sa lourde  robe à l’ample et longue jupe, à la mode espagnole, qui l’engonçait, elle était revenue vêtue de sa première robe française, en satin incarnat brodée d’or et d’argent, sa chevelure blonde ornée de pierreries. 
        Ainsi parée avait-elle paru plus avenante à son jeune époux, que quelques jours auparavant, lorsque, bravant l’interdit du Roi d’Espagne, il avait essayé d’entrevoir sa femme, avec la complicité de sa mère et du cardinal Mazarin, dans l’entrebâillement d’une porte.
Il avait bien dû se rendre à l’évidence : elle était presque une naine, avec de petits yeux bleus, de grosses joues et des lèvres épaisses, que la laideur de la coiffure, un horrible bonnet blanc, et l’inélégance de l’habit rendaient encore plus disgracieuse. 

        Il allait très vite s’apercevoir que l’intelligence de « cette poupée » était aussi limitée que sa taille. Le surlendemain la petite reine, revêtue d’un somptueux costume de cour fait d’une « robe de brocart d’argent recouverte d’un manteau de velours violet semé de fleurs de lys d’or prolongé par une traîne de dix aunes de longueur quittait "Joanoenia",  pour se rendre à l’Eglise où allaient être célébrées les noces, précédée par le Roi, en habit de drap d’or voilé de  dentelle noire.Elle allait vivre 43 ans auprès de son époux, soumise et effacée, entourée de sa domesticité espagnole et de ses bouffons. Quand elle mourut Louis XIV, qui l’avait semble-il aimée, à sa façon, déclara que c’était la première fois qu’elle lui faisait de la peine...    

        Construite vers 1640, en "briques roses et pierres dorées", dans un style architectural inhabituel à la région qui rappelait les palais vénitiens, par le riche armateur Joannot de Haraneder, d’où son nom de Joanoenia, la Maison de l’Infante  appartenait, en 1660, à  Marie, fille aînée de Joannot.
En 1701 son propriétaire était le bayle de la cité, Joannis de Haraneder-Putil, qui y offrit l’hospitalité aux petits fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse, le duc de Bourgogne et le duc de Berry, accompagnant à Madrid, leur frère Philippe, nouveau roi d’Espagne, qui logea à Lohobiaguenea. Au XIXeme siècle, vendue et revendue, ayant subi de nombreuses dégradations, la Maison de l’Infante  était, en 1854, la propriété d’un avocat parisien Emile Pécarrère qui y reçut Napoléon III. Le Luzien David Léon Daguerre l’acheta en 1872 et continua les gros travaux entrepris par l’avocat parisien. En 1924 les deux façades est et sud furent inscrites aux Monuments historiques.                

        Parmi les autres maisons du Quai de l’Infante, moins imposantes que Joanoenia mais plus  représentatives de l’architecture des grandes demeures bourgeoises luziennes du XVIIeme et XVIIIeme siècles, l’immeuble du 8 Quai de l’Infante, est également  inscrit sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, depuis 1994 : " considérant que cette maison présente un intérêt d’art suffisant, pour en rendre désirable la préservation, en raison de la qualité architecturale du XVIIeme siècle qui en fait un des immeubles les plus remarquables de Saint-Jean-de-Luz".


                                                                                                                        

 


 
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